Les reco de la mission égalité-diversité – septembre 2026

L'invité du mois

Ce mois ci c'est Romain Tavernier, Enseignant-chercheur en chimie des polymères et référent égalité-diversité qui nous propose sa reco. Merci Romain !

Sur les épaules de géantes

Une recommandation de Romain

En cette rentrée, j’ai décidé de mettre en avant une petite chaîne Youtube « Sur les épaules de géantes ». En tant que chercheur, j’utilise un moteur de recherche de littérature scientifique qui utilise le slogan « Sur les épaules d’un géant », qui est dérivé d’une métaphore attribuée à Bernard de Chartres, mais également revisitée à de nombreuses reprises par des scientifiques tels qu’Isaac Newton ou Blaise Pascal. Cette métaphore illustre l’idée que le savoir se construit notamment sur les travaux de grands figures, de grands penseurs, et l’histoire nous montre bien que ces « grands penseurs » sur lesquels se construit la science, sont généralement des hommes.

Ainsi, cette chaîne Youtube met en avant des biographies de femmes, personnes trans, non-binaires et/ou agenres, parfois oubliées, mais dont les travaux peuvent être considérés comme pionniers. Plusieurs formats existent, dont des formats courts ou des formats plus développés. Les domaines scientifiques explorés couvrent tous les champs de la science, et couvre également l’actualité. 

L’invisibilisation de la contribution des femmes à la construction du savoir n’est pas nouvelle, et elle s’illustre particulièrement dans un domaine comme la chimie, mon domaine de recherche. En chimie organique, certaines réactions chimiques importantes portent le nom des chercheur.euse.s l’ayant découverte, ce sont les « named reactions ». En 2010, un article critique de J. Olson et K. Shea publié dans Accounts of chemical research notait qu’une seule chercheuse, Irma Goldberg, avait été reconnue par ses pairs comme découvreuse d’une réaction suffisamment importante pour que son nom soit utilisé pour la nommer. Pourtant, les deux chercheurs américains ont pu identifier d’autres réactions, y compris déjà nommées, dont des femmes ont largement contribué à la découverte. https://pubs-acs-org.docelec.univ-lyon1.fr/doi/10.1021/ar100114m#

Un travail important de reconnaissance est toujours nécessaire pour montrer que la science produite dans nos laboratoires l’est autant par des hommes que par des femmes, ou personnes trans ou agenres. C’est par exemple le travail de l’association Femmes & Sciences avec le projet Hypatie, qui vise à inscrire le nom de 72 femmes aux côtés des « 72 illustres », des scientifiques dont les noms ont été gravés en lettres d’or sur le 1er étage de la tour Eiffel. Un rétablissement d’une certaine égalité, que l’on retrouvera d’ici 2027, comme l’a annoncée Anne Hidalgo, maire de Paris en janvier 2026. 

Pour souhaiter la bienvenue à nos nouvelles et nouveaux étudiant.e.s dans cette belle université, il était de bon ton de parler de sciences, et cela tombe bien, puisque c’est in fine le sujet de la chaîne « Sur les épaules de géantes ». Bienvenue et soyez assurés que nous sommes nombreuses et nombreux à œuvrer pour rendre le campus de l’Université Lyon 1 Claude Bernard plus inclusif, même s’il ne vous échappera pas que pour nommer nos universités, l’on fait encore souvent référence à des hommes.

Après l'éclipse

Une recommandation d'Anaël

L’été c’est à la fois la période où j’ai le plus envie de lire et celle où j’ai le plus d’espace mental. Pourtant, selon mon programme, je me rend compte que je ne prend pas toujours le temps de me consacrer à de grandes lectures (des gros romans bien épais, des essais…). J’adorerais, mais je crois que l’été c’est aussi s’autoriser à décompresser. Cette fois-ci j’ai donc surtout lu de la poésie et des BD (empruntées à la BU Croix Rousse) !

Parmi les BD que j’ai pu lire, j’aimerais vous parler d’ Après l’Eclipse d’Eve Cambreleng. C’est une BD que j’ai lu avec joie et tendresse. Elle dépend une époque très récente que ma génération a bien connu : celles des luttes féministes à la période Me too et post Me too. Avec une très belle colorimétrie, Eve Cambreleng dépend des personnages et des scènes qui me ramènent avec beaucoup de réalisme à mes années étudiantes (pas si lointaines).

Elle évoque avec justesse des thématiques importantes telles que le mansplaining, le harcèlement sexiste de rue, les (micro-)agressions, le stéréotype encore bien présent de “l’ex folle” et les multiples discussions pour l’égalité, entachées par le fameux “on ne peut plus rien dire”. Elle revient également sur les difficultés amicales entre des femmes et des hommes qui, en grandissant dans des directions différentes dans leur vingtaine, ne prônent plus les mêmes valeurs et se retrouvent à devoir choisir : rester ou partir. A mon sens, la BD se fait aussi archives de moments forts de cette période (2018-2024 environ), tels que les nombreux collages féministes dans les rues ou encore, la sortie d’Adèle Haenel en 2020 lors de la Cérémonie des Césars, face au prix attribué à Polanski.

Ce qui m’a touché dans cette lecture, c’est aussi la simplicité avec laquelle Eve Cambreleng dépend des réalités qu’on évoque encore trop peu : l’épuisement militant, la colère, l’isolement, et la place qu’il est nécessaire de faire à l’amitié pour retrouver du repos, de la douceur et du sens dans la manière de porter ses convictions. Je crois que j’aurais presque aimé voir ces thématiques encore plus explorées, pour m’attacher davantage aux personnages, et comprendre la durée dans laquelle peut s’inscrire ce type de burn out. Finalement, je pense que j’ai essayé d’y retrouver des airs de “Clémence en Colère” de Mirion Malle, une autre BD qui aborde des thématiques très similaires sous un angle légèrement différent, qui j’avoue, restera probablement ma favorite sur ce thème pendant un moment. Malgré tout, ça ne m’a pas du tout empêché d’apprécier cette lecture, et je la recommande vivement !!

Shrinking - Série - Apple TV

Une recommandation de Julie

À la rentrée, on décide souvent d’adopter de nouvelles habitudes et de bonnes résolutions. Et si cette année on décidait de ralentir, de demander de l’aide quand ça ne va pas et d’apprendre à mieux écouter les autres ? C’est ce que propose la série Shrinking, avec humour, tendresse et beaucoup d’humanité. En anglais familier, shrink ((abréviation de headshrinker, c’est-à-dire « réducteur de tête ») est un surnom pour un psychologue, un psychiatre ou un psychanalyste.

Portée par un casting riche et divers, la série parvient à banaliser le soin de sa santé mentale sans jamais tomber dans des discours moralisateurs ou la caricature. Chaque personnage incarne en soi un passage de la vie où un soutien psy est bien utile : fin de l’adolescence et entrée dans l’âge adulte, trauma d’un vétéran, vieillir avec la maladie, deuil, relations amoureuses, parentalité… Les personnages principaux osent dire qu’ils ne vont pas bien — souvent autour d’une cuisine, d’un café ou d’une “daddy joke” (ou d’une blague de daronne au choix) — présentant ainsi le soin de sa santé mentale comme quelque chose d’aussi banal que manger un donut (ou un croissant pour les puristes) ou boire un café entre ami·es.

Pour les futur·es professionnel·les du métier, la série aborde avec justesse et drôlerie (et quelques drames)  les limites de la thérapie et les questionnements éthiques induits par la tentative de les dépasser (ce que Paul décide de faire allégrement avec plus ou moins de succès).

Impossible de ne pas vous parler de Gaby, mon personnage préféré, solaire et “goofy” : femme noire, brillante, indépendante, drôle, parfois excessive (et quel style !). Elle échappe aux clichés associés aux personnages féminins “forts” : elle est puissante sans être froide, vulnérable sans perdre sa confiance en elle. Ses échanges pleins d’ironie et de “roasting” avec Jimmy, mais aussi les moments plus doux où elle parle de solitude ou d’épuisement émotionnel, en font, à mon avis, l’un des personnages les plus attachants de la série.

Shrinking m’a aussi marquée par sa manière de représenter les relations intergénérationnelles. Le lien entre Alice et Paul, fait de maladresses, de tendresse discrète et de confiance mutuelle, sort des schémas habituels : il ne s’agit pas d’un “vieux sage” caricatural, ni d’une adolescente rebelle impossible à comprendre. Leur complicité se construit dans les petits gestes, les conversations silencieuses ou les conseils donnés sans en avoir l’air (et de transgression du régime sans sucre !)

Enfin, la série aborde la maladie de Parkinson avec une subtilité qui m’a touchée, pour avoir côtoyé cette maladie d’assez près. Il n’y a pas d’excès ni de caricature (Parkinson n’est pas toujours liée à des tremblements hyper visibles) dans la représentation des symptômes, le personnage de Paul reste drôle, charismatique, parfois bougon, sans que sa pathologie ne définisse entièrement son identité. La maladie est montrée avec humour et émotion, finesse et sans pathos (avec une guest star atteinte de la même pathologie que les plus boomereuses d’entre nous reconnaitront probablement…)

Allez, cette année on prend soin de sa santé mentale et on passe un sérieux mais joyeux moment devant Shrinking, par exemple pour des pauses entre deux révisions !

Bonne rentrée à toustes !

➡️ Pour les ressources psy du SSE c’est par ici : https://sse.univ-lyon1.fr/accueil-psychologie/

Lundi c'est loin - Oisín McKenna

Une recommandation de Marthe

L’heure de la rentrée a sonné ! J’aurais donc pu vous parler de bonnes résolutions, mais je choisirai plutôt de prolonger encore un peu l’été.

Et pour cause, « Lundi c’est loin », 1er romain choral de l’écrivain irlandais Oisín McKenna, est un des livres qui m’a accompagné sur les plages du Sud de la France.

Londres, été 2019, un de ces week-end caniculaire nous rappelant la catastrophe climatique en cours. D’ailleurs, en guise d’élément de décor : une baleine échouée dans la Tamise dont le devenir alimente toutes les conversations. La (quasi) entièreté du récit se déroulera pendant ce week-end-là. Nous y suivrons les questionnements existentiels et tellement contemporains de Maggie, Ed, Phil, Rosaleen et les autres. Maggie, enceinte de son compagnon Ed, se questionne quant au tournant particulièrement hétéronormé que prend son existence. En miroir, cette projection de parentalité invite Ed à revisiter son enfance et adolescence, ayant (nécessairement..) pour toile de fond l’apprentissage d’une masculinité violente. Phil quant à lui, trentenaire queer et londonien depuis quelques années maintenant, explore ses trajectoires amoureuses et tente de se construire la bulle qui lui convient. Pour les autres personnages, je vous laisse les rencontrer par vous-mêmes…

Des réflexions profondes donc, mais avec douceur et lumière : Oisín McKenna réussit le pari d’un livre qu’on lit à la manière d’une série, avec ses épisodes qu’on aimerait avaler d’une traite.

Voici donc pour ce 1er roman, auteur à suivre ! En attendant, je vous souhaite une bonne rentrée en douceur elle aussi !