Les reco de la mission égalité-diversité – juillet 2026

Les invité·es du mois

Ce mois ci les invité·es c'est vous !

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Un besoin de cultiver la joie cet été !

Une recommandation d'Anaël

Pour clôturer cette année universitaire, je vous proposer d’occuper votre été avec la lecture d’un recueil collectif de textes sur le thème de la joie, qui m’a été offert par Marthe ! Ces temps ci, il semblerait que nous ayons bien besoin de cette petite respiration…

Sous la direction de l’artiste Kiyémis, la proposition de cet ouvrage est claire : redonner à la joie une place centrale dans nos résistances, nos luttes et nos désirs d’émancipation. Sans déligitimer la colère, la tristesse, la frustration ou le désarroi face aux injustices du monde qui nous entoure, 9 artistes, écrivain.e.s et universitaires nous invitent à nourrir nos utopies et nos projets de lendemains désirables. Ainsi, on arpente à son rythme différents textes courts de Rim Battal, Douce Dibondo, Claude Emmannuelle Gajan-Maull, Fania Noël, Laura Nsafou, Coline Pierré, Kiyémis, Nadia Yala Kisukidi et Mélissa Laveaux.

J’ai eu plaisir de retrouver et redécouvrir des voix que je connaissais plutôt par la poésie et les réseaux sociaux (Douce Dibondo, Rim Battal, Claude Emmannuelle Gajan-Maull…) mais j’ai aussi pu faire la connaissance d’autres penseur.euses minorisé.e.s et notamment racisé.e.s, très intéressant.e.s dans leurs différents points de vue sur la joie !

Ce que j’ai aimé en lisant cet ouvrage, c’est la diversité des propositions des textes et de leurs formats : essais, fictions, poèmes, témoignages personnels … Bien que les styles soient très différents, on retrouve bel et bien le fil rouge d’un manifeste stratégique, d’un propos commun.

Ce livre m’a fait requestionné la manière dont on peut facilement avoir tendance (consciemment ou non) à brasser quotidiennement des éléments de l’actualité qui nous indignent dans nos discussions, sans contrebalancer notre propos avec des réflexions sur notre désir d’un monde meilleur. Sans vigilance, la dénonciation des injustices (bien qu’extrêmement nécessaire) peut vite se transformer en négativité passive. Alors, cet été je veux essayer de porter une attention au fait de nourrir tout ce qui dans cet ouvrage, peut constituer des chemins de joie pour ne pas céder au sentiment d’impuissance qui s’agite.

Pour poursuivre cette réflexion, voici quelques questions que je vous invite à vous poser à vous même ou à vos proches cet été : Quelle place faites-vous à vos rêves d’enfants ? à vos espoirs d’adulte ? à votre créativité ? à votre sensibilité ? à votre rire ? à l’émerveillement dans votre quotidien ?

Yayoi Kusama, l'artiste qui mettait des pois partout (et s'en fichait) - Fausto Gilberti

Une recommandation de Julie

Ce petit album illustré de Fausto Gilberti, paru chez Phaidon, offre une très jolie porte d’entrée dans l’univers de Yayoi Kusama. En quelques pages épurées et pleines d’humour, il raconte son histoire : une petite fille japonaise qui voyait des motifs partout, et qui a décidé d’en faire son langage.

Née en 1929 à Matsumoto, au Japon, Yayoi Kusama a grandi dans un environnement hostile à ses ambitions artistiques. Sa mère, violente et méprisante envers ses dessins, incarnait une société où les femmes n’avaient pas vocation à créer. Partir pour New York en 1958, seule et sans réseau, représente pour elle un acte de rupture radicale.

Là-bas, elle se heurte à un autre mur : le sexisme du monde de l’art américain. Malgré des innovations majeures — ses Infinity Nets, ses environnements immersifs — elle voit des artistes masculins comme Warhol ou Oldenburg reprendre ses idées et en récolter la gloire. Femme, asiatique, étrangère : elle cumule les facteurs d’invisibilisation et de discriminations dans un milieu dominé par des hommes blancs américains (c’est un bon exemple d’intersectionnalité)

Ce qui distingue également Yayoi Kusama c’est son rapport ouvert à la maladie mentale. Dès l’enfance, elle vit des hallucinations visuelles et auditives — ces fameux pois et motifs obsessionnels qui recouvrent son œuvre ne sont pas un choix esthétique, mais une manière d’exterioriser ce qu’elle voit.

En 1977, elle choisit de s’installer volontairement dans un hôpital psychiatrique à Tokyo, où elle vit encore aujourd’hui, travaillant chaque jour dans son atelier situé à proximité. Ce choix, loin d’être un retrait, constitue une affirmation : on peut créer depuis la marge, depuis la maladie, depuis ce que la société considère comme une faiblesse. À une époque où les troubles psychiques restent largement stigmatisés, particulièrement au Japon, Yayoi Kusama en parle sans honte. Elle n’a jamais cherché à « guérir » pour correspondre à une norme, mais à transformer son rapport au monde en œuvres. Ses Infinity Rooms, ces chambres de miroirs où le spectateur se dissout dans l’infini, traduisent autant l’angoisse que l’émerveillement de percevoir différemment.

À 97 ans, elle est devenue l’artiste vivante la plus cotée au monde — une revanche hélas tardive, mais aussi preuve que les normes de légitimité commencent à être renversées. Son histoire rappelle que la « folie », trop souvent utilisée pour disqualifier, peut être le lieu d’une vision singulière et précieuse : celle d’une personne marginalisée à plusieurs titres qui a transformé chaque stigmate en matière première.

📌 Si vous êtes aux Pays-Bas cet automne une rétrospective se tiendra au Stedelijk Museum d’Amsterdam.

En complément la vidéo de Margaux Brugvin présentant l'artiste et son travail

Juste Shani

Une recommandation de Marthe

Bientôt les vacances ! Et pour nourrir la bande son de votre été, je vous propose de découvrir la rappeuse française « Juste Shani ».

Par où commencer ? Tout d’abord en vous disant que Juste Shani est une rappeuse à la technique impressionnante, à la puissance contagieuse et à l’écriture parfaitement maîtrisée.

Si je vous en parle ici, c’est aussi bien sûr parce que ces textes sont délicieusement incisifs quand il s’agit de lutter le sexisme et le racisme qui structurent notre société (« ils me jugent pas pour mes compétences, mais pour ma peau et ma pussy » dans Matrixée). Récemment visibilisée dans un cypher aux côtés d’autres rappeuses tout aussi géniales, Juste Shani dénonce la charge mentale au sein du couple dans passage tout aussi drôle que percutant (« Tu lui demandes tout le temps ce que tu dois faire, t’es pas son homme t’es son stagiaire » – c’est ⬇️)

Stay tuned, Shani revient pour un concert à Lyon en janvier 2027. Si vous en avez la possibilité, foncez ! Une telle démonstration de force fait un bien fou !!!

Ici un extrait de sa chanson « bonne fête » sur le 8 mars – journée internationale de lutte pour les droits des femmes (et non “la fête de la femme”, vous l’aurez compris 😉 )

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