L'invitée du mois
Ce mois ci c'est Angèle Coulot-Prenant, Psychologue sociale et Ingénieure d'études au laboratoire Reshape (Laboratoire de Santé Publique) et référente égalité-diversité qui nous propose sa reco. Merci Angèle !
"Maigrir : à quel prix" par Lucie Inland in revue "La Déferlante" n°18 - "Éduquer"- mai 2025
Une recommandation d'Angèle
Dans le cadre des reco de la mission, et pour s’insérer dans la thématique de la fête de la science, qui porte sur l’alimentation, j’ai décidé de vous parler de la chronique « Maigrir : à quel prix » par Lucie Inland. Il s’agit d’un article de la revue « La Déferlante ».
https://revueladeferlante.fr/maigrir-a-quel-prix/ – La Déferlante n°18 Éduquer, parue en mai 2025.
À travers la lecture de cet article, nous pouvons nous interroger sur notre rapport à la maigreur et remettre en question l’idée que « perte de poids signifie meilleure santé », qui implique donc que les personnes grosses seraient forcément en mauvaise santé. Même si je ne souhaite pas réduire l’alimentation à l’image corporelle, je trouve important de saisir cette occasion pour parler des conséquences de la grossophobie sur la santé des individus.
Dans ce texte, la journaliste Lucie Inland retrace l’histoire de l’obsession médicale et sociale visant la perte de poids.
- Elle évoque l’émergence des « médicaments » amaigrissants comme le CaloMetric, le Médiator et le Wegovy, ce dernier ayant été mis en vente en France en 2024.
- Elle évoque également la chirurgie bariatrique, une technique de « dernier recours », puisqu’il s’agit d’amputer l’estomac, qui présenterait un taux d’échec de 38%.
- Finalement, elle présente des dispositifs tels que le « patch abrasif » et le « Dental Slim Diet Control » qui pourraient tout simplement s’apparenter à des techniques de tortures, selon moi.
La richesse de cet article repose également sur la mise en lumière de la stigmatisation sociale des personnes grosses et de ses conséquences :
- Les compagnies d’assurances (ex. MetLife) sanctionnent financièrement les personnes grosses dès 1959, ancrant l’idée que la corpulence est une faute individuelle à faire payer.
- Des émissions de télé-réalité mettent en scène des personnes grosses de façon humiliante et encouragent des pratiques sportives et alimentaires dangereuses.
Sans vouloir juger les personnes ayant recours à ce type de traitements ou de chirurgie, puisqu’elle déclare savoir « dans sa chair » la difficulté qu’est de vivre dans une société grossophobe, l’autrice exprime sa méfiance et son inquiétude face aux effets néfastes de ce type d’interventions sur la santé physique et mentale des personnes qui y ont recours.
« En trente-trois ans de présence sur le marché, le Mediator cause – c’est une estimation basse – entre 500 et 1 000 décès » Cet article m’est apparu comme une façon pertinente de mettre en garde les futur-es médecins sur ce qui peut être proposé comme « traitement miracle » pour lutter contre la « mauvaise santé », alors qu’ils peuvent finalement entrainer le décès. Alors, la lutte est-elle réellement dirigée contre la mauvaise santé ou contre la grosseur ?
Finalement, bien qu’il soit important d’adopter une alimentation équilibrée afin de ne pas souffrir de carences, l’article souligne l’importance de la pratique d’activité physique régulière, plutôt que la minceur, pour une meilleure santé.
Autrement dit, l’image corporelle n’est en aucun cas suffisante pour juger de la bonne santé d’un individu ! J’aime particulièrement sa façon de résumer cette idée par la phrase « mieux vaut être gros·se et marcher régulièrement qu’être mince et ultra sédentaire« .
Si ce texte vous a intéressé-e, Lucie Inland a également écrit la chronique « Mon problème n’est pas d’être grosse, mais d’être mal soignée« , dans laquelle elle évoque l’effet de son poids sur sa relation avec le corps médical. (dans La Déferlante n°13 – Avorter – Mars 2024)
La politique sexuelle de la viande - Carol J. Adams
Une recommandation d'Anaël



A l’occasion de la thématique alimentaire de la fête de la science de cette année, je souhaitais vous recommander la lecture de La politique sexuelle de la viande : Une théorie critique féministe vegan de Carol J. Adams, qui viendra parfaitement compléter les sujets abordés à notre table ronde du 8 octobre prochain (venez !). En plus, l’ouvrage est préfacé par Nora Bouazzouni, qui sera présente à notre événement 😉
Je me souviens avoir découvert ce livre pendant mes études, lorsque j’étais en Erasmus à Prague à la faculté des Humanités, dans un cours sur les mouvements écoféministes. Chaque semaine, nous avions des lectures obligatoires de textes fondateurs et critiques, des articles et des essais challengeant mais passionnants ! Je me rappelle que la lecture de “The sexual politics of Meat” avait été pour moi une révélation : Carol J. Adams mettait des mots sur des problématiques que je peinais à conceptualiser. Pourquoi les hommes mangent-ils plus de viande que les femmes ? Pourquoi les hommes aiment-ils plus la chasse que les femmes ? Qu’est-ce qui dans leur socialisation genrée les poussent à dominer les femmes autant que les animaux ? A les tuer ? Y a-t-il vraiment un pont à faire entre ces problématiques ? Et si oui, comment ? 🧐
L’expertise sans détours de Carol J. Adams avait ouvert un tout nouveau champ des possibles pour moi : proposer une analyse percutante et originale de l’intersection entre l’oppression patriarcale et l’exploitation animale. En retraçant comment la consommation de viande est associée à la construction sociale de la virilité, Carol J. Adams montre que la domination masculine repose autant sur l’exploitation et les massacres d’animaux que sur le contrôle et l’objectivation du corps des femmes dans notre société.
Suite à ces découvertes, j’avais souhaité l’offrir à mes proches mais problème : il n’était pas traduit en français à l’époque. Or, c’est chose faite ! le voici disponible dans vos librairies indépendantes préférées depuis 2025. Il existe même extrait de la préface et de l’introduction, disponible gratuitement en ligne : Extrait gratuit ici 😀
Ce livre est donc l’occasion pour moi de vous proposer une toute nouvelle reco intersectionnelle, au croisement du sexisme, du spécisme (domination des hommes sur les animaux), et même du racisme ! (Pas de spoil sur les raisons de cette intersection, il faudra aller le lire).
Attention pas de panique : pas besoin d’être vegan pour comprendre et adhérer au propos de l’autrice 🐷🐄🩷
Arieff Yong - Classisme et décolonisation : la Grande-Bretagne se fait roaster et pas que le dimanche (vous l’avez ? 🍖)
Une recommandation de Julie
Si vous cherchez un compte qui mêle humour et vraie matière à réflexion, suivez Arieff Yong sur Instagram et TikTok. Son terrain de jeu favori : les bonnes manières à table, ce petit théâtre de codes hérités du colonialisme (britannique en l’occurrence mais la France n’est pas en reste) qui continuent, encore aujourd’hui, à dicter ce qui est « raffiné » et ce qui ne l’est pas.
Avec des scénettes au l’ironie ravageuse, il « déconstruit » des burgers avec des couverts absurdement sophistiqués, explique comment manger une orange ou du riz « avec du bon sens » plutôt qu’avec les usages qu’on nous a fait croire universels, ou encore comment savourer un lemang (un plat malaysien) « à la non-britannique ». Sous le rire ça dénonce sévère ! Ces règles de bienséance qu’on présente comme neutres sont en réalité des marqueurs de classe et des relents coloniaux et racistes. Manger « à sa façon » — avec les mains et selon sa propre culture — n’a jamais été un manque de savoir-vivre.
En rendant la colonisation visible et ridicule il décentre et déconstruit les regards et démonte l’occidentalisme omniprésent. On rit beaucoup, on réfléchit surtout, et on ne regarde plus jamais un couvert à poisson de la même façon 😄
Chlordécone, le paradis empoisonné | Un Podcast à soi | ARTE Radio Podcasts
Une recommandation de Marthe
Ce n’est pas la 1ère fois que je vous recommande un épisode d’Un podcast à soi. Mais que voulez-vous, il faut avouer que les productions audios de Charlotte Bienaimé comptent parmi les meilleures lorsqu’il s’agit d’aborder des sujets complexes avec intelligence et facilité !
Et puisque ce mois-ci il sera question de discriminations dans nos assiettes (venez à la table ronde – bis!), le dernier épisode de ce podcast sur le scandale du chlordécone en Guadeloupe et Martinique me semblait particulièrement à propos.
Le “chlordécone” – peut être en avez-vous déjà vaguement entendu parler… ou pas. Pour la majeure partie d’entre nous, ce mot obscur ne fera échos à rien, et c’est bien là le problème.
Le chlordécone est un insecticide qui a été utilisé dans les plantations de banane en Martinique et en Guadeloupe jusqu’en 1993, et ce malgré les alertes dès les années 70 sur son haut risque cancérigène par l’OMS. 1993, soit trois ans après son interdiction totale en France hexagonale. Pendant des années, le chlordécone a ainsi contaminé la population guadeloupéenne et martiniquaise, s’infiltrant dans les terres, l’eau et finalement l’ensemble des productions alimentaires du territoire. Et tout ça sans que la population n’en soit informée…
Une contamination massive donc mais également durable. A l’heure actuelle, il est estimé que les risques liés à l’exposition au produit (entre autres: cancer, complications lors de la grossesse et de l’accouchement, développement pathologique de l’enfant etc.) perdureront pendant encore plusieurs siècles.
A travers des témoignages et analyses de chercheuses, ce podcast éclaire donc un exemple malheureusement criant d’une manifestation du racisme dans nos assiettes – que certain.es chercheur.ses nomment aussi ici “racisme environnemental”.
Et puisqu’il s’agit d’un podcast féministe, aucun spoiler en vous disant qu’il sera aussi bien sûr question d’aborder ce scandale sous l’angle du sexisme..!
Bonne écoute ! 🙂
En bonus ! La sélection du Clit !
Merci à l’association Clit (Collectif libre inslusif pour tous·tes) d’avoir pris le temps de nous envoyer une sélection malgré une rentrée chargée !





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