Les reco de la mission égalité-diversité – mars 2026

L'invité du mois

Ce mois-ci, c'est Aurore Prabel - Lacour, infirmière à l'IUT Bourg-en-Bresse et référente égalité-diversité qui nous propose sa reco. Merci Aurore !

Gisèle Halimi l’insoumise - Jean-Yves Le Naour, Marko

Une recommandation d'Aurore

Plongez dans l’histoire de la petite Zeiza Taïeb, née en Tunisie, devenue la brillante Gisèle Halimi, disparue en 2020. Au fil des pages, les combats personnels, professionnels et politiques se dessinent. Certains sont victorieux, d’autres sont confiés au lecteur afin qu’ils continuent d’être menés.

Tous prennent leur source dans une conviction solide : L’équité.

Très jeune, la petite Zeiza relève déjà les incohérences qu’elle observe : la déception de son père d’avoir eu une fille, le manque d’amour maternel, sa prise de distance avec les traditions religieuses. Autant de questionnements qui façonnent une belle ambition, celle de devenir une avocate dédiée aux victimes de l’injustice.

Ces engagements sont d’autant plus significatifs qu’elle fait elle-même la douloureuse expérience de l’avortement clandestin ainsi que celle du racisme dès son arrivée à Paris en 1945.

Connue et reconnue essentiellement pour avoir défendu la légalisation de l’avortement, Gisèle l’insoumise s’est aussi illustrée dans la lutte pour l’abolition de la torture et de la peine de mort, menant les combats aux côtés de Robert Badinter et Simone Veil. Proche d’intellectuels comme Jean Paul Sartre ou Simone de Beauvoir, il lui a fallu manier avec habilité les médias pour faire évoluer l’opinion publique.

Dans cette BD facile à lire et joliment illustrée, l’histoire passionnante – parfois bouleversante – d’une femme, épouse, mère de trois garçons, avocate et députée bien décidée à résister et à convaincre.

Des mecs solides - Podcast Emotions - Louie Média

une recommandation d'Anaël

En ce mois de lutte pour les droits des femmes et des personnes minorisées de genre, je souhaite vous parler, non pas de féminisme, mais de masculinités, et de masculinisme.

Je vous présente donc l’une des nouvelles mini-séries du podcast Emotions intitulée “Des mecs solides” produit par Louie Media. Ce format, animé par Bruno Lus et Basile Roze, est construit en trois épisodes :

  • Episode 1/3 : Pourquoi les jeunes hommes ne supportent ils pas leur fragilité ?
  • Episode 2/3 : Pourquoi les hommes ont-ils du mal à parler à leurs amis de leurs émotions ?
  • Episode 3/3 : Est-il possible de sortir du masculinisme ? Un ancien incel raconte.

Pour vous donner envie d’aller écouter cette série, j’aimerais vous parler de ses thématiques passionnantes et particulièrement d’actualité :

L’épisode 1 témoigne du rapport entre les émotions des hommes hétérosexuels et leurs pratiques sportives. Le sport est-il pour eux un mécanisme de compensation et de régulation émotionnelle ? Les hommes placent ils leurs injonctions à la force, à la discipline et au contrôle dans leur corps plutôt que dans leur tête ? C’est ce que cet épisode vient questionner en abordant comment leurs pratiques sportives intensives viennent “masquer un intérieur fragile par un extérieur fort”.

L’épisode 2 complète les thématiques de l’épisode 1 avec un focus sur le rapport à l’argent dans la construction de la masculinité et de la virilité. Le système économique néolibéral ne serait-il pas producteur d’isolement social ? Dans un système économique régit par l’hyper-productivité, la richesse et le succès, les émotions des hommes sont-elles remplacées par une recherche de profit ? Ce questionnement est le parti pris de cet épisode pour comprendre le continuum glissant entre éducation genrée, masculinité, virilité et masculinisme.

Enfin, l’épisode 3 clôture cette mini-série en présentant les dérives masculinistes actuelles et la diversification de leurs profils. Si l’objectif masculiniste principal ici présenté serait de “brutaliser tout ce qui n’est pas soi” lorsque les hommes éprouvent des difficultés, il parait alors indéniable que leur souffrance, sans expression de leurs émotions, empêche une remise en question profonde des normes hégémoniques et violentes de la virilité.

Alors pour comprendre tout ce qui cache derrière les notions d’homme “sigma” , “soja” , “crise de la masculinité”, “capitalisme des vulnérabilités”, rendez-vous sur votre plateforme d’écoute préférée pour écouter ce podcast ! 🎧

Crossing Istanbul (Geçiş / გადასვლა) réalisé par Levan Akin

Une recommandation de Julie

À l’occasion de la Journée internationale de visibilité trans du 31 mars, j’ai décidé de regarder Crossing Istanbul de Levan Akin. J’ai adoré ce magnifique film pour l’authenticité de la représentation des vies trans, mais aussi pour la manière dont il fait du passage, géographique, identitaire, générationnel, son fil conducteur.

« Istanbul est un lieu où l’on va pour disparaître », confie Lia, professeure d’histoire géorgienne à la retraite, en quête de sa nièce trans disparue, Tekla. Mais dans le regard du ciénaste Levan Akin, la métropole turque devient bien plus qu’un lieu de refuge : elle incarne la fluidité même, cet espace subtil où les identités se défont et se recomposent, où les frontières — nationales, de genre, sociales — deviennent poreuses.

Le film tire sa force de cette géographie symbolique. Istanbul, pont entre deux continents, devient la métaphore vivante de la transition. Comme ces femmes trans géorgiennes que le réalisateur a rencontrées lors de ses recherches, qui venaient « disparaître dans la ville » pour mieux renaître, les personnages du film traversent les frontières non pas pour fuir, mais pour devenir, ressentir et se rapprocher

La puissance de Crossing Istanbul réside dans sa représentation qui normalise les récits trans tout en n’occultant jamais la violence structurelle. Le film rappelle, avec pudeur mais fermeté, la réalité géorgienne : ce père qui a tué son enfant trans, « par accident », dit-il.

Face à cette violence, Levan Akin oppose la douceur et la joie. Les maisons closes du quartier rouge d’Istanbul, où les femmes trans se crient des encouragements de fenêtre en fenêtre, deviennent des espaces de solidarité alternative. La famille choisie remplace la famille de sang. Le passage de la famille biologique à la communauté élective est lui aussi un acte de survie et de résistance.

La structure même du film épouse cette notion de fluidité. Crossing Istanbul sublime l’errance, la dérive urbaine, les rencontres imprévues. Les personnages serpentent les ruelles de la ville, les traversées en ferry, tout tend à créer une narration visuelle qui représente la transition.

Le georgien et le turc sont des langues sans genre grammatical et cette particularité linguistique nous rappelle que la fluidité de genre n’est pas une invention occidentale, elle existe dans les structures mêmes des langues et des cultures.

Une autre représentation du passage et du changement réside dans la transmission intergénérationnelle entre Lia, septuagénaire psychorigide et Achi, adolescent instable et attachant. Leur duo improbable incarne une autre forme de passage : celui qui mène de l’incompréhension au respect, du rejet à l’acceptation, de la honte à la fierté, à l’amitié et à l’attachement.

Si le monologue de Lia, dans lequel elle exprime ses regrets de n’avoir pas soutenu Tekla ne vous tire pas quelques (beaucoup de) larmes, je mange mon chapeau !

Crossing Istanbul a été censuré en Géorgie, interdit de projection en raison des lois anti-LGBT+ du pays. En réunissant des actrices et acteurs trans devant et derrière la caméra — dont Deniz Dumanlı qui incarne Evrim, dans son premier rôle, Levan Akin ne se contente pas de raconter une histoire : il crée un espace de représentation authentique où les personnes trans accèdent enfin à leur agentivité.

Pour la Journée de visibilité trans, ce film nous rappelle que la visibilité ne suffit pas. Il faut aussi créer des ponts et des espaces de liens et de paroles.

Crossing Istanbul démontre que les histoires et identités trans ne se résument pas à la souffrance en montrant l’espoir, la tendresse, et la joie qui font la grâce des existences en mouvement.

Les Pieds sur Terre - “Quand Anas et Hanane font leur coming out”

Une recommandation de Marthe

Le 21 mars aura lieu la journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale. Pour cette raison, je vous propose d’écouter un épisode des Pieds sur terre : « Quand Hanas et Hanane font leur coming out« .

A l’origine de l’épisode, des représentations qui ont la vie dure : ils seraient forcément plus difficile pour un.e musulmane de faire son coming out auprès de ses proches ? L’homophobie serait plus présentes dans certaines cultures ? Notre origine nous conditionnerait à être plus ou moins bienveillants envers la communauté LGBT ?

C’est en tous cas dans ces stéréotypes racistes et dans notre société largement empreinte d’homophobie que grandissent Hanas et Hanane. Alors à l’heure de leur coming in, pas question d’en faire part à leur entourage.

Mais le besoin de se dire deviendra pressant au fur et à mesure des années. Et finalement quand viendra le moment de leur coming out… vous aurez sans doute deviné que c’est beaucoup de tendresse qu’ielles recevront.