L'invité du mois
Ce mois-ci, c'est Loue Jacquier, assistante de direction, chargée de communication et référente égalité-diversité à l'UFR Staps qui nous propose sa reco. Merci Loue !
Jane Eyre - Charlotte Brontë
Une recommandation de Loue
C’est par fidélité à mes lectures classiques que j’ai choisi Jane Eyre de Charlotte Brontë, roman publié en 1847 par la romancière anglaise qui, comme beaucoup de femmes écrivaines de son époque, publie d’abord sous pseudonyme masculin.
Habituée à la littérature du XIXᵉ siècle, je suis souvent frappée par la place limitée accordée aux personnages féminins, parfois réduits à des figures idéalisées ou à de simples muses.
Pourtant, dans une société victorienne très hiérarchisée, Jane n’a rien d’une héroïne passive. Orpheline, pauvre, elle refuse les places qu’on lui assigne et affirme son indépendance ainsi que son égalité morale avec les hommes.
« Je ne suis pas un oiseau et nul filet ne me retient prisonnière ; je suis un être humain libre, doué d’une volonté indépendante. »
Ce qui me touche particulièrement chez Jane, c’est sa résistance aux stéréotypes de genre de son époque : elle revendique le droit d’aimer sans se soumettre, de penser librement et d’exister pleinement dans une société qui attend des femmes qu’elles se taisent.
Relu aujourd’hui, le roman fait écho à des questions toujours actuelles : l’émancipation des femmes, les rapports de classe, la capacité de chacun·e à définir sa propre place malgré les déterminismes sociaux.
Plus d’un siècle et demi après sa publication, Jane Eyre nous rappelle que les combats pour l’égalité ont une longue histoire — et que certaines voix continuent de résonner avec une étonnante force aujourd’hui.
L’instant poésie : nouveaux souffles (France culture) / Épisode 14/20. "Les coupables innocentes" de Mag Lévêque, une lignée de femmes à réinventer
une recommandation d'Anaël
A l’occasion du Printemps des poètes, je vous propose de découvrir l’une des multiples nouvelles voix de la poésie contemporaine, dans un format audio court de 7 minutes chrono !
Il s’agit ici de l’un·e de mes poètes préférées Mag Levèque. Révélé·e grâce à son recueil “Les coupables innocentes” publié aux éditions Blast en 2024, France Culture propose ici, dans un tout nouveau format court et dynamique, de découvrir un extrait de ce recueil. Après la lecture, l’auteur·ice invité partage quelques mots autour de son rapport intime à la poésie.
Artiste pluridisciplinaire issue des arts vivants, cofondatrice du collectif offense, Mag Lévêque est un·e artiste queer qui, au travers de ses œuvres, fait dialoguer des thématiques féministes, queer, questionne le rapport aux violences systémiques et à la transmission intergénérationnelle.
En écho à la recommandation de Marthe de juillet 2025 (Mon vrai nom est Elisabeth – Adèle Yon), l’ouvrage “Les coupables innocentes” de Mag Levèque vient lui aussi questionner la transmission d’une dite “folie” entre des femmes de plusieurs générations d’une même famille. Pour faire face au silence familial, Mag Levèque aborde de front, avec une grande sensibilité, une quête de liens pour ne plus réduire à la fatalité, la psychiatrisation des femmes et des personnes minorisées de genre.
Pour vous donner le ton, voici l’accroche par laquelle débute la lecture de cet extrait :
“je descends d’une lignée de femmes que l’on cache dans les tiroirs des commodes
aujourd’hui je décide : avec mon héritage je construirai un empire”
Si vous n’êtes pas adeptes de lecture de recueils de poésie, alors peut-être que ce format podcast saura vous conquérir. Si l’épisode vous plait, n’hésitez pas à aller écouter les autres de cette série, qui invitent d’autres jeunes poètes engagé·es à présenter des extraits de leurs ouvrages.
Bonne écoute !
Code of silence - Série de Catherine Moulton
Une recommandation de Julie
Dès les premières secondes de Code of Silence, le brouhaha d’une cafétéria de commissariat nous parvient étouffé, filtré, lointain. Nous ne sommes pas dans une séquence rêvée ou dans le coma — nous sommes simplement dans le quotidien d’Alison Brooks, jeune cantinière sourde au commissariat de Canterbury. Ce choix de mise en scène dit tout de l’ambition de la série : pour comprendre l’autre, il faut d’abord se mettre à sa place.
Au cœur de la série se trouve Rose Ayling-Ellis, actrice sourde de naissance et productrice de la série — un double rôle qui lui a permis de peser sur chaque étape de la production. Elle a notamment veillé à ce que les personnages sourds soient incarnés par des comédiens sourds, et la scénariste Catherine Moulton, elle-même malentendante, a nourri le récit de son expérience personnelle. Ce souci d’authenticité donne à Code of Silence une grande cohérence, et décrit la surdité non comme un manque, mais comme une manière d’être au monde.
Lorsqu’Alison lit sur les lèvres pour aider la police à identifier des criminels filmés par vidéosurveillance, les sous-titres à l’écran n’apparaissent pas d’emblée dans leur forme correcte : des fragments, des erreurs, des approximations se réorganisent progressivement sous nos yeux. Le spectateur vit ainsi de l’intérieur le travail cognitif que représente la lecture labiale — on ne capte qu’environ 20 à 30 % des mots, le reste se reconstituant comme un puzzle à partir du contexte et des expressions du visage. La série génère ainsi quelque chose que ni les discours ni les statistiques ne peuvent accomplir : de l’empathie par l’expérience directe.
Code of Silence prouve qu’une femme sourde peut être au centre du récit sans en faire un personnage secondaire ou une “caution”. Alison est complexe, imparfaite, pleinement humaine — la série ne réduit jamais son identité à son handicap, tout en refusant cependant de l’effacer. Rose Ayling-Ellis l’a exprimé : « Quand j’étais jeune, je n’avais personne à la télé qui me ressemblait. ». Voilà qui une série qui contribue à changer ces représentations et c’est une excellente nouvelle !
"Nos œufs au congélo, le temps de la réflexion" - Documentaire infrarouge - France TV
Une recommandation de Marthe
Depuis la loi du 2 août 2021 relative à la bioéthique, les femmes françaises de 29 à 37 ans ont désormais le droit de prélever et de congeler leurs ovocytes, gratuitement, sans raison médicale, et ce qu’elles soient en couple hétérosexuel ou non.
Concrètement, qu’est-ce que cette loi a changé ? Et que dit-elle en filigrane de l’évolution de notre société vis-à-vis des parentalités et projection de parentalités ? Qui sont ces femmes y recourent et pour quelles raisons ? C’est à l’ensemble de ces questions que tente de répondre la journaliste.
L’accès à un nouveau droit est toujours une révolution. Révolution féministe ici sans aucun doute, puisqu’il s’agit de permettre aux femmes de disposer librement de leur corps et de les laisser seule maîtresse de leur désir d’enfant ou non. Derrière la froide évolution d’un texte réglementaire c’est une multitude de parcours qui s’ouvrent et rendent possible des trajectoires plurielles.
Et avant cela, qui rendent possible le simple fait de se simplement poser la question, de ne pas se sentir contrainte au réarmement démographique…
En somme, un reportage simple et efficace qui donne la parole à de nombreuses femmes aux vécus divers : ça paraît tout bête, mais c’est malheureusement trop rare encore pour faire beaucoup de bien lorsque cela arrive ! En parallèle, la journaliste questionne également la genèse et le retentissement sociétal de cette loi, dépassant ainsi la seule question individuelle.
Et si vous préférez le format podcast, n’hésitez pas à écouter la formidable série « Marie et les œufs en neige » sur la même thématique ! « Marie et les œufs en neige » par Marie Cahu – Le Cœur sur la table – Binge Audio
